Afrique Rwanda

La conservation au Rwanda, une préoccupation majeure

« Hi I’m here in the name of Fabrice Martinez, association Gorilla » (Trop bilingue la nana). Ah bon ? J’ai pas de badge moi ? Je regarde autour de moi, déçue, moi aussi je voulais un badge avec un nom qui n’est pas le mien dessus.

Après plusieurs semaines d’attente j’y suis enfin. 8H30 à l’hôtel Serena de Kigali pour assister à la conférence sur la conservation. La première jamais organisée au Rwanda, quelques jours avant Kwita Izina, la cérémonie de baptême des bébés Gorilles.

De quoi il est question exactement ?

La conférence portait sur tous les aspects de la conservation : son rôle dans le développement économique du pays ; le rôle du secteur privé, des partenaires au développement du pays et des sociétés civiles dans l’agenda national de la conservation ; la problématique de l’utilisation des ressources naturelles et de la terre en général ; l’avenir de la conservation dans le pays et la problématique du tourisme de masse qui pourrait devenir une menace pour les animaux et les écosystèmes du pays. ( Ca va, vous suivez toujours ? ) Bref pour faire concret en une conférence j’ai eu énormément de réponses à mes questions.

Il y avait du gratin à la conférence ?

On parle pas de patates bien sûr. Au niveau des invités qui prenaient la parole il y avait le Dr. Amy Vedder qui a commencé à étudier les Gorilles à la fin des années 70 dans le but de comprendre les plus basiques de leurs besoins pour pouvoir mettre en place une conservation efficace. Elle a un peu touché à tout ces dernières années, du management au tourisme, en coopération avec la Wildlife Conservation Society, l’African Wildlife Foundation et WWF.

Eugene Rutagarama qui est un professionnel de la conservation qui a travaillé à la réhabilitation des parcs rwandais et à la mise en place du tourisme autour des Gorilles dans les années qui ont suivi le génocide.

Daudi Sumba travaille pour l’AWF dans tout ce qui est relations entre gouvernements et design des programmes de conservation.

Ambassadrice Yamina Karitanyi est Chef du Tourisme au Bureau de développement du Rwanda. Sa fonction est de diriger l’évolution du tourisme au Rwanda et de diriger les efforts de conservation et les programmes relatifs à la biodiversité au Rwanda.

Allan Karllson travaille pour WWF Suède, il s’est impliqué dans la conservation des ressources naturelles du pays et de sa vie sauvage en supportant, par exemple, le projet de protection de la forêt de Gishwati qui, depuis début septembre, est un parc national.

Et last but not least le 1er ministre du Rwanda qui a participé lors de la dernière heure de la conférence pour donner les positions du gouvernement concernant les différentes questions évoquées.

Les différents défis actuels selon le Dr Amy Vedder

Il y a un peu plus de 30 ans la population de Gorilles des montagnes au Rwanda était de 300 individus. La réalité alors était qu’on s’était presque résigné à les voir disparaître ( à cause du braconnage entre autres ) et surtout que dans les années 70 on avait autre chose à faire que de se soucier des Gorilles. Malgré tout certaines personnes ont voulu croire que ce n’était pas la fin pour les Gorilles des montagnes. Aujourd’hui on compte une population d’environ 700 Gorilles des montagnes et tous les efforts sont fait pour que ce nombre augmente encore. Pourtant ce succès auprès des Gorilles implique l’apparition de plusieurs nouveaux challenges :

  • Le premier me semble évident, les animaux sont de plus en plus nombreux donc la probabilité qu’ils aillent au delà des frontières du parc et des frontières du pays est plus grande. Sauf qu’autour des parcs il y a une densité de population assez élevée, ce qui implique des conflits entre les animaux et les Hommes.
  • Il y a ensuite le succès des permis Gorilles (tout le monde n’est pas rebuté par les 750$!). Ces permis engrangent 60.000$ de profit chaque jour ce qui montre bien l’affluence des touristes chez les Gorilles. La problématique repose sur la recherche du parfait équilibre entre le tourisme pour les Gorilles et la limite à mettre pour ne pas que ce tourisme ait un impact trop important sur la Nature.
  • On a aussi parlé de la possibilité de partager les revenus des parcs avec les populations qui vivent autour desdits parcs, c’est une forme de sensibilisation puisque les populations peuvent alors concrètement voir que l’écotourisme a un impact bénéfique pour eux.

Si on peut estimer que l’évolution des infrastructures touristiques au Rwanda est vraiment positif pour la conservation il est clair que l’augmentation de la population de Gorilles peut poser des « problèmes ». Des conflits dû a l’extension des populations qui se retrouvent dans des zones fréquentées par des animaux qui peuvent être hostiles s’ils se sentent en danger. L’idée intéressante pourrait donc être de créer des périmètres autour des parcs qui prendraient en compte cette évolution des populations de Gorilles. Le hic dans cette histoire reste que le Rwanda est un petit pays où habitent beaucoup beaucoup de monde, augmenter le territoire des parcs signifie réduire celui des Hommes et quand on touche à ce qui « appartient » aux Hommes ça rend les choses tout de suite plus compliquées.

Le Rwanda et les ressources naturelles souterraines

Si tu as une petite mémoire lecteur je me permets de te rappeler la situation de la RDC qui va bien illustrer la suite de mon propos. Il y a quelques temps maintenant il a été découvert des gisements souterrains de pétrole au Parc Virunga en RDC. Ces recherches ont été menés par Total et Soco dans l’idée d’exploiter lesdits gisements, au total détriment du Parc, son écosystème et sa population animale et humaine. Après un agacement international plus que justifié Total s’est retiré du parc et de l’idée de le saccager pour tirer quelques gouttes de pétrole. Soco reste accroché comme une moule à son rocher, officiellement ils sont partis, officieusement ils pourrissent l’environnement.

Le scénario pourrait très bien se reproduire au Rwanda quand on sait qu’il existe aussi des ressources souterraines dans le pays. Quand j’ai entendu l’un des invités commencer à parler d’exploiter ces ressources qui se situent dans les parcs nationaux, je pense que j’ai dû changer de couleur.

La question étant posée au 1er ministre il a fait une déclaration claire et probablement la première déclaration aussi tranchée qu’un gouvernement a pu faire concernant l’exploitation des ressources naturelles de son pays : la conservation passe avant tout.

Bah oui, soyons logique un instant, les Gorilles génèrent 80% du tourisme au Rwanda, les Gorilles sont dans un parc national dont les sols sont bourrés de pétrole. Admettons, on décide de pourrir les sols, de récupérer jusqu’à la dernière goutte de pétrole et après quoi ? Les sols sont foutus, les écosystèmes avec, les Gorilles aussi peut être. 20 ans ou plus de prospérité grâce au pétrole et après la chute vertigineuse vers le néant. Je ne dis pas que le Rwanda est sans intérêt, au contraire, mais les Gorilles, les parcs et cette Nature intacte représentent les avantages du Rwanda. Alors sans tous ces atouts incontestables le Rwanda court à sa perte. Ca devient donc logique comme déclaration et cette logique se couple avec les projets de développer les énergies renouvelables que ce soit grâce aux énergies hydrauliques créées par les innombrables cascades du pays, l’électricité produite par les déchets ou encore l’énergie solaire.

Le Rwanda fourmille d’idées, de bonnes idées, pour maintenir la biodiversité du pays et pour protéger ses écosystèmes et le fait que le pays protège aujourd’hui 10% de son territoire est une preuve de la bonne foi du gouvernement. La clé c’est ça, avoir un gouvernement qui tienne le cap sans se laisser corrompre par les industries pétrolières ou minières qui souhaitent exploiter les sols, les pourrir et repartir avec leur gain, ce n’est pas eux au final qui se retrouve avec des pays drainés de leurs ressources touristiques. Et quand on sait que LA ressource touristique du Rwanda c’est ses parcs, cette faune et cette flore exceptionnelles, aucune raison de tout détruire, si ?

Voyageuse amoureuse de la nature, passionnée d'animaux et de conservation ; solo ou à deux ; en Europe, Afrique, Asie, Amérique, je vous emmène dans mes bagages pour vous raconter mes voyages.

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Commentaires (7)

  1. merci pour ce compte rendu de la première conférence ! hâte de découvrir vos impressions et photos demain lors de Kwita Izina ! Profitez en bien !!

  2. Coucou de ta tante, je te suis au quotidien dans tes avantures sur le territoire Africain, bon courage et gros bisous de ta tante.