Afrique Afrique du Sud

Le paradoxe de la conservation des espèces en Afrique du Sud

L’Afrique du Sud on la connaît pour Kruger, on en a entendu parler pour ces lions mis en cage et traités comme du bétail dans un industrie inhumaine pour finir en proie de chasseurs couillons mais pétés de thunes. L’Afrique du Sud on vous en parle aussi pour la beauté de l’histoire, pour le vin et le fromage, pour les paysages à couper le souffle. Du coup pour changer un peu on va parler d’une autre facette de l’Afrique du Sud : celle de la conservation des espèces.

Une vision personnelle de la conservation des espèces

Il y a quelques semaines j’apprenais qu’Amnéville en France était en liquidation judiciaire et ce à cause du manque de bénéfices suite à la dépense énorme faire pour créer Tigerworld. Le rapport ? Le concept de faire des animaux en captivité des victimes directes de leur condition. On avait déjà parlé du fait que pour moi les zoos n’étaient pas des prisons, on a tous un avis sur le sujet, parfois divergents, mais au final on s’accorde à peu près tous à dire que les animaux gardés en captivité souffrent déjà suffisamment de cette situation pour ne pas en plus être réduit à devenir des bêtes de cirques. Le paradoxe repose donc ici, dresser des animaux en captivité est une chose (à laquelle je n’adhère pas ceci dit), faire d’animaux de centre de conservation des bêtes de foire en est une autre.

L’Afrique du Sud compte beaucoup de centres de « sauvegarde » qui pour moi n’en sont pas. Le concept, très répandu, est de permettre aux visiteurs d’interagir directement avec les animaux dans un but de « conservation ». Alors, dois-je rappeler le but de la conservation des espèces ? Dans l’idéal ce serait de garder des animaux captifs pendant un certain laps de temps pour ensuite les relâcher dans leurs habitats naturels et protégés. Dans les faits dans beaucoup de parties du monde ( dont l’Afrique du Sud ) on part du principe que la directe interaction du visiteur avec l’animal permet d’aider la conservation des espèces, ça permettrait de faire mieux comprendre les enjeux de la sauvegarde des animaux.

Dans ce pays, sous couvert de conservation et d’éducation, vous pouvez donc : 1) caresser des lions ou des guépards ou autres félins 2) promener des lions ou des guépards 3) promener des éléphants 4) vous promenez SUR des éléphants… Et autres ! Ceci est une liste non exhaustive des activités possibles, je n’y inclus pas la nage avec les tigres, les caresses et les bisous aux bébés lions ou tigres.

Le pays est gangrené par ce genre d’activités qui vont donc vous présenter des animaux parfois recueillis, parfois secourus, des animaux habitués à l’Homme et qui ne seront jamais remis en liberté du fait de leur situation de captifs de longue date. Ces animaux sont un peu la vitrine pour les autres, ce sont les dommages collatéraux, ceux qu’on garde parce qu’on n’a pas le choix mais qu’on est bien content d’avoir pour soutirer quelques dizaines d’euros aux visiteurs.

Ces centres là je n’y suis pas allée pour la raison assez logique que je refuse de mettre 1€ dans cette industrie du mensonge. De mon point de vue on touche là au bas fond du capitalisme et de l’activité ludico-débile, aller caresser un tigre, se prendre en selfie avec un lion, à quel moment vous trouvez ça normal ? Alors oui, j’ai déjà touché un tigre, j’ai déjà touché un bébé lion dans le cadre de mon travail, ça n’a jamais été un rêve pour moi de grattouiller l’un de ces animaux et le fait que ce soit un rêve pour certaines personnes je peux encore le comprendre mais ce sont ces rêves là qui sont créateurs de dérive. Si personne ne voulait toucher les animaux sauvages emblématiques d’Afrique ces activités stupides n’existeraient pas. Il faut bien sûr tempérer le propos, oui certains animaux seront remis en liberté à un moment mais il ne faut pas non plus oublier ceux qui grandissent dans des cages pour finir en tapis de sol dans un salon.

Prudence exigée !

Soyez vraiment très prudents sur les endroits où vous allez en Afrique du Sud et sur les activités que vous faites. Que vous soyez volontaires ou touristes il est important de bien vous informer avant de prendre une décision sur vos excursions. A savoir que beaucoup de structures de volontariats ont été pointés du doigt en Afrique du Sud puisqu’elles se gavent de l’argent des volontaires pour réinjecter le pactole dans des activités encore plus lucratives et pas du tout en lien avec la conservation.

De mon côté je ne voulais pas passer par l’Afrique du Sud sans faire quelques activités en lien avec la conservation des espèces. SANCCOB reste quand même ma référence dans le pays, c’est sûrement l’activité que vous pouvez faire et qui a le plus de légitimité dans le domaine puisqu’en plus de protéger des espèces en danger lesdites espèces sont endémiques. Ceci dit il y a heureusement certaines structures qui prennent aussi en charge des animaux sauvages sans forcément en faire des bêtes de foire. On pourrait classer les activités proposées en Afrique du Sud dans 3 catégories :
– Les sanctuaires
– Les sanctuaires ludico-éducatif
– Les grosses supercheries

Au final si vous prenez le temps de bien regarder les prospectus que vous pouvez trouver absolument partout vous n’aurez pas de mauvaises surprises, en Afrique du Sud les choses ne sont pas cachées, ce genre d’activités sont entrées dans les mœurs et il y a de la demande alors à quoi bon se cacher ?

J’ai opté pour un sanctuaire, un peu particulier en fait puisqu’il récupère les animaux abandonnés ou saisis, des primates, des oiseaux et des fauves.

Primates et fauves du monde entier

Le choix a été compliqué pour choisir un centre de sauvegarde digne de ce nom, je ne voulais pas aller dans le genre de sanctuaire ludico-éducatif où j’aurais bouilloné de l’intérieur de voir des guépards tenus en laisse ou des gens posés la main sur des animaux sauvages. J’ai choisi d’aller visiter 2 parcs : Monkeyland et Jukani, près de Plettenberg Bay sur la Garden Route.

L’un comme l’autre ont été créés pour récupérer des animaux qui ont appartenus à des particuliers, c’est pour cette raison que vous aurez la surprise de voir des saïmiris côtoyer des lémuriens dans une forêt gigantesque. Le safari d’une heure se fait à pied et vous aurez l’occasion de voir bon nombre de primates : Lémuriens, Saïmiris, Singes Hurleurs, Vervets, Gibbons, Capucins ou Tamarins. Au final dans le lot il n’y a que 2 espèces africaines ce qui peut laisser un peu perplexe.

oustiti monkeyland
Un ouistiti à toupets blancs
lémuriens monkeyland
L’heure du repas pour les Makis cattas !
singe hurleur monkeyland
Un singe hurleur à l’affût

Je me suis vraiment demandé au final pourquoi j’avais choisi de venir là, j’ai eu ce moment de flottement en me disant que ce centre n’aidait pas à la conservation des espèces du pays en cela que vous allez marcher dans le parc, entourés de ces primates, vous allez les pister, les regarder et apprendre ce qu’ils font là et comme ils ne retrouveront jamais la liberté totale. Ce parc n’est pas la meilleure vitrine de la conservation des espèces en Afrique du Sud mais ce qui m’a rassuré c’est qu’ici il n’y a rien, absolument rien que vous puissiez faire avec ces primates, on ne vous propose pas de vous faire assaillir par les lémuriens pour leur donner à manger ou de vous faire monter dessus par des Saïmiris, on respecte l’espace vital des animaux, ils vivent en totale anarchie des continents mais ils vivent beaucoup mieux que bon nombre d’animaux dans les centres de conservation du pays. J’ai trouvé ma réponse alors, je suis allée visiter ce centre pour me faire une idée de ce qui était possible dans le pays. Au final il y a quand même certaines personnes capables de respecter la dignité des animaux, de respecter une distance entre eux et les Hommes, ce centre ne protège peut être pas la faune sud africaine mais il devrait servir d’exemple pour bon nombre d’autres centres qui proposent des activités avec les animaux.

Que ce soit Monkeyland ou Jukani le constat est le même, je suis dans des espèces de zoos, ici on ne parle pas de réhabilitation, les animaux sont voués à mourir dans les structures qui les accueillent, on parle de mieux vivre, de redonner une chance à des animaux qui ont été traités comme des objets dès leur naissance. Je revois ce tigre blanc couché sur le flanc, j’entends la voix de mon guide me dire qu’il est aujourd’hui à 80% aveugle à cause de l’hybridation, j’entends vibrer la colère dans sa voix quand il me dit que ces animaux ne devraient pas être là, ne devraient pas vivre ça. Imaginez vous, dire ça d’un animal en captivité qui a été sauvé de la stupidité des Hommes, non aucun animal ne devrait être enfermé entre 4 murs à faire les 100 pas de désespoir en attendant de mourir mais aucun animal ne devrait souffrir encore plus de cette situation en étant réduit à devoir se promener en laisse avec des idiots qui trouvent ça génial. Jukani a au moins l’avantage de ne pas utiliser ces animaux et de respecter leur dignité, on ne peut pas en dire autant de beaucoup de centres de conservation en Afrique du Sud.

jaguar jukani
Un moment d’amour entre Jaguars
lions jukani
Le jeune lion blanc a été récupéré chez un particulier

conservation des espèces Jukani Afrique du Sud

Voyageuse amoureuse de la nature, passionnée d'animaux et de conservation ; solo ou à deux ; en Europe, Afrique, Asie, Amérique, je vous emmène dans mes bagages pour vous raconter mes voyages.

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Commentaires (2)

    1. Mais si mais si ! On ne perd pas espoir ! Je suis toujours en recherche d’activités respectueuses à 100% des animaux. Affaire à suivre !