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Réflexions

Les animaux, ces objets – Chronique d’un passage en animalerie

Je crois que je n’ai jamais autant ressenti cette réalité que depuis que je suis rentrée en France, cette réalité de l’utilisation obscène qu’on fait d’êtres vivants qui ne sont pas humains.

Depuis plusieurs semaines je travaille en animalerie. Si au début je disais que le travail n’était pas bien différent de ce que j’ai pu faire en parc zoologique aujourd’hui ma vision des choses a bien changé. Il y a 2 mois et demi je disais qu’au final en parc zoologique on vendait aussi quelque chose, le droit de regarder des animaux, de les observer et même de participer à des spectacles qui les mettent en scène. On prend votre argent, on vend nos animaux à vos regards, tout ça dans le respect des êtres vivants qu’on garde. Les animaleries vendent les animaux, aux mains, aux soins, aux regards de ceux qui passent. Elles prennent soin de ces animaux qu’on gardent et soignent en attendant que quelqu’un d’autre prenne le relais. J’avais tellement tort.

On ne parlera pas des éleveurs, des conditions de transports des animaux, de leurs conditions de vie avant qu’ils arrivent à l’animalerie, tout ça je n’ai fait que le lire, le supputer, je ne l’ai jamais vraiment vu de mes propres yeux. Ce que j’ai vu c’est surtout une société du chiffre, une entreprise qui se doit d’être rentable, où le profit dépasse l’éthique et où l’Homme retombe dans ses travers mégalo d’être vivant supérieur. L’animalerie, ce monde à l’odeur nauséabonde où on ne respecte plus la vie mais où on l’objectise à un point qui, aujourd’hui, me traumatise.

J’aime mes petites bestioles, certains ont des noms, d’autres non. J’en aime plus que d’autres mais je m’inquiète pour le bien être de chacun. J’ai ces petites vies entre mes mains. On a tous, animaliers, des vies entre nos mains. La différence repose sur les êtres humains qu’on côtoie. Est ce que j’ai vu en parcs zoologiques des gens tellement désabusés qu’ils en sont presque déshumanisés ? Non. La différence repose sur cette si simple base. Sur celle qui me fait dire que les animaleries ne devraient pas exister. Aujourd’hui une des « mes » rattes  est partie, une de celles dont je m’inquiète depuis des jours parce qu’elle est seule, une de celle que je donnerais même à une personne qui la mérite si c’était possible, une de celles que je voulais protéger. Cette ratte est partie pour servir de nourriture à un serpent. Si certains me disent que c’est la nature, je répondrais que la Nature n’est pas aussi cruelle qu’un Homme et qu’enfermé un animal dans une cage sans issue pour mourir dans l’angoisse ce n’est pas la Nature. Ce n’est pas la question. Le souci repose sur le simple fait qu’on promeut dans les animaleries le respect du vivant mais qu’on ne fait que l’utiliser à une fin des plus primaires : le profit.

Il y a 2 mois et demi je me disais que les animaleries n’étaient qu’une image un peu déformée de ce qu’on faisait en parcs zoologiques, on nettoie des cages, on prend soin de nos pensionnaires, on informe sur leurs conditions de vie. Aujourd’hui je prends conscience que ce n’est qu’un autre moyen pour l’Homme de se sentir supérieur, que ce n’est qu’une façon de plus d’exploiter ce que la Nature a offert, que ce n’est qu’une question de thunes et rien d’autre.

Je suis malade de me dire que la solution pourrait aussi mettre un terme à la vie de dizaines de milliers d’animaux. Et si au lieu de cracher sur les parcs zoologiques ceux qui trouvent horribles d’enfermer des animaux sauvages crachaient un peu sur ces entreprises là ? Pour ces animaux : lapins, rats, chinchillas, furets, gerbilles, souris, hamsters, toutes ces petites créatures, tout aussi sauvages à la base, qu’on enferme pour des raisons bien plus sales que les êtres vivants retenus dans les parcs zoologiques ? Et si on arrêtait de commercer sur le vivant ? Vous voulez des animaux ? Il y en a plein les refuges. Les élevages ? Dépendant des lieux ça ressemble tout autant aux endroits qui capitalisent sur le vivant. La réalité me rend malade et ma seule consolation sera de me dire que si on est tombé aussi bas on ne peut pas creuser encore plus profond. N’achetez pas d’animaux, adoptez les.

Voyageuse amoureuse de la nature, passionnée d'animaux et de conservation ; solo ou à deux ; en Europe, Afrique, Asie, Amérique, je vous emmène dans mes bagages pour vous raconter mes voyages.

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Commentaires (2)

  1. Bonjour Adeline,

    « …cette réalité de l’utilisation obscène qu’on fait d’êtres … »

    Nous ne sommes pas une société de « l’être » mais dans celle de « l’avoir ». Ce n’est pas « Avoir » ou « Être » mais bien « Avoir pour être ». Pour illustrer par le logos, « Pour être » ==> « Par être » ==> « Paraître ». Ce qui pourrait nous donner ce néologisme « Parêtre ». Sorte de nouvel-homme* ++ moderne. Je parais donc je suis ! Qu’on le veuille ou non, cela reste ontologique, cela participe de l’essence, même si je suis d’accord avec toi; c’est obscène !

    Bienvenue à toi dans la société du spectacle, Adeline. Cette société d’artifice ou « la jeune fille » peut s’enticher d’un furet bien vivant (ou une rate ;-)) en guise de collier ou de peluche de chevet. Où encore cette « bourgeoise », parvenue en un haut sommet d’acquisitions matérielles, qui se pare d’une peau de renard bien mort en guise de cache col que l’on peut appeler écharpe. Écharpé le Renard ? Lol

    « Mais, Raymonde*, cachez moi ce col tout flasque et tout ridé, non de Dieu ! un peu de décence voyons… »

    Note bien l’injonction morale faite à Raymonde*. Déni de l’age, déni de la maturité, déni du flétrissement humain, déni de la mort…

    L’apparence sociale qui cache la part d’ombre, le tabou, le préjugé, la morale…

    Nous mêmes « décorés » (médaille-légion d’honneur…), habillé de nos costumes fait d’accessoires, superficialité de l’artifice, cachant le plus soigneusement possible, y compris à nous même, ce que nous sommes en profondeur, notre société se conceptualise autour de cet axe moteur qu’est la dynamique selon cette équation: Avoir c’est être !

    La médaille fait elle le héros ? Ni plus ni moins que les moulins à vent font les Don Quichotte !

    Voila Adeline, tu viens de découvrir la scène, obscène parfois, puis le rideau, puis derrière le rideau les coulisses du théâtre de la société du spectacle (voir G-Debord). Société dans laquelle nous vivons à l’insu de notre plein grès. Enfin, à notre insu parce que nous le voulons bien, hein. Parce que nous somme dans le déni de beaucoup de choses, notamment de l’essentiel, c’est à dire: C’est quoi « être » ?

    Alors, Don-Quichotte = Don-Adeline ?

    « Sur celle qui me fait dire que les animaleries ne devraient pas exister ».

    Certes, cela ne devrait pas être (exister). Ni les guerres, ni les accidents de la route, ni les viols ou les violences faites aux enfants. Bref….

    Et concrètement, ça donne quoi ?

    Par une approche manichéenne nous pourrions penser que certaines personnes servent le « bien » et d’autres servent le « mal’. Mais c’est un peu trop binaire pour ce qu’il s’agit du système complexe tel que celui dont nous faisons parti intégrante. Nous ne sommes pas DANS le système, nous sommes LE système, partie constituante et collaborative qu’on le veuille ou non. avec notre part d’ombre et de lumière.

    Chacun doit s’interroger (ou ne pas le faire) sur son rôle dans le système et sa part de collaboration avec lui, c’est à dire l’interaction avec les autres par le biais du dit système.

    La fonction fait elle l’organe ou l’inverse, comme cette poule qui fit l’œuf ou fut fait par lui ? Es-ce notre déni de réalité qui permet que « toutes fins justifient tous moyens » ou es-ce la faute aux autres, ces « autres », sortent d’inconnus inaliénables de part leur absence bien commode ?

    Dans un job « alimentaire » – en ce sens qu’il est le moyen d’avoir les moyens minimalistes de subsistance et que c’est souvent son seul attrait (la subsistance) – beaucoup zappent la morale, l’étique, le respect, la partage et la notion même de service. Ont ils seulement un jour été informés que ces valeurs existent bien au delà de « l’avoir » ?

    Le problème n’est pas de savoir si il faut « interdire » les animaleries ou non. Il est certainement plus utile de s’interroger sur les motivations de ceux qui font la demande (avoir un animal- acheté ou adopté c’est pareil) et non sur ceux qui font l’offre (vendre-donner un animal). Par ce biais de réflexion on peut se rendre compte de l’ampleur du désastre, car effectivement il manque entre « vendre-donner » et « avoir » la notion « être ». C’est quoi « être » ? Être un être vivant ? Être un client ? Être un employé ? Être un exploitant ? Être un animal ? Cette foultitude d’individus qui con-somment du « prêt à consommer » sans aller au delà de l’artifice que le système leur propose et ne s’aperçoivent en rien de la réalité théâtrale et du rôle qu’ils jouent, en marionnettes, dans cette réalité subjective et suggestive que crée le système, tout cela dans une parfaite inconscience de leur propre essence ontologique.

    Et tu mets toi même le doigt sur un principe essentiel de la conscience-inconscience:

    « Elles prennent soin de ces animaux qu’on gardent et soignent en attendant que quelqu’un d’autre prenne le relais. J’avais tellement tort. »

    Et oui, « on », éternellement anonyme, est souvent en tort. Ce qui n’est pas grave en soi. Mais s’en rendre compte passe par un moment désagréable de la prise de conscience de soi-même et de la nécessité de changer, d’évoluer et de corriger l’erreur. Somme nous une erreur pour autant ? Ce n’est pas donné à tout le monde de remettre en cause ses préjugés sans se remettre en cause ontologiquement. Il y a une phase de colère, de refus, voire de déni avant d’accepter que nous nous trompions mais que nous ne sommes pas nous même une erreur.

    Ainsi, c’est à l’individu qu’il faut s’adresser, du moins je le pense, mais sans le culpabiliser dans son essence. Tenir compte de « l’insoutenable légèreté de l’être » pour emprunter à M.Kundera . L’interpeller (l’individu) pour qu’il collabore avec un autre point de vue que le service de son « avoir » si d’aventure il a pris conscience de son être profond, de son essence même et de tout ce qu’il a d’intimement commun avec l’ensemble de la réalité universelle. L’interpeller non pas pour lui dire qu’il se trompe, mais lui dire qu’il peut gagner plus, qu’il peut gagner mieux.

    Figure toi que le système est farouche et n’aime pas beaucoup les libres penseurs, les libres arbitres et que le changement n’est pas pour demain, même si le changement reste inévitable.

    Et lorsque je dis que le système est farouche ce n’est pas un biais conspirationniste ou je verrais des esprits existants dans l’ombre et qui nous manipuleraient à loisir. Non, le système à sa vie propre qui est la somme des inconsciences individuelles pour créer une conscience collective spectaculaire. Certes le néo-libéralisme surf sur cette immense vague et protège ses près carrés et en tire d’immense profits, mais c’est bien les individus qui en sont sein entretiennent le statu-quo par facilités intellectuelles. Se remettre en question c’est chiant et avoir tort c’est pas agréable ! La mauvaise foi et le déni est bien plus confortable.

    La nature ne conçoit pas le vide et avec elle, rien ne se perd ni rien ne se crée, tout se transforme. Ainsi, anticipons les transformations probables et futures du système pour tenter d’influencer celui-ci vers des résultats autres que ceux que nous obtenons en ces temps tourmentés. Cela passe par soi-même et par les personnes que nous pouvons éclairer d’un autre point de vue un peu moins obscur que celui de notre modernité matérialiste.

    Et tu dis:
    « L’animalerie, ce monde à l’odeur nauséabonde où on ne respecte plus la vie mais où on l’objectise à un point qui, aujourd’hui, me traumatise. »

    Traumatisée ? Hum… va falloir t’endurcir, la belle, si tu tiens à participer à la préservation de ce qui reste des espèces de ce monde. Vouloir s’opposer au coté obscur de la force requiers une force intérieure bien supérieure à celle que l’on combat, sinon c’est juste sacrificiel et vain…

    Bien à toi 😉

    * Toutes les « Raymonde » ne sont pas des bourgeoises exhibitionnistes, hein, il y a aussi des Germaines et même des Françaises… 🙂

    Bonus du petit prince (c’est pas moi, hi hi ;-))

    «  »Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde »
    ….
    « Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c’est triste ! Mais tu as des cheveux couleur d’or. Alors ce sera merveilleux quand tu m’auras apprivoisé ! Le blé qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j’aimerai le bruit du vent dans le blé… »

    « Ainsi le petit prince apprivoisa le renard. Et quand l’heure du départ fut proche :
    -Ah ! Dit le renard… je pleurerai.
    -C’est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t’apprivoise…
    -Bien sûr, dit le renard.
    -Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.
    -Bien sûr, dit le renard
    -Alors tu n’y gagnes rien !
    -J’y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé » »

    Et pour le fun, intrépide globe-trotteuse 🙂

    « Le véritable voyage, ce n’est pas de parcourir le désert ou de franchir de grandes distances sous-marines, c’est de parvenir en un point (de vue ?) exceptionnel où la saveur de l’instant baigne tous les contours de la vie intérieure. »

  2. Je commence à me demander si tu ne t’es pas noyé dans un bouquin de philosophie quand tu étais petit !

    La société du paraître, d’avoir pour être, c’est tout à fait ça 🙂 Ça touche aux animaux qu’ils achètent comme aux biens qu’on accumule. Ceci dit c’est une logique qui m’échappe, celle d’acheter un animal. Quand on sait qu’on « reconnait » ( en théorie si ce n’est en pratique ) les animaux comme des êtres sensibles et qu’on continue malgré tout à accepter de les vendre à des prix qu’on aura nous même défini ( la vie d’un lapin ? 30€ Celle d’un oiseau exotique ? 600€ ). Il y a la théorie de l’éthique et il y a la pratique et c’est aussi ça qui est difficile à encaisser.

    Pour ce qui est de m’endurcir, non, je ne préfère autant pas 🙂 Si je deviens comme ces gens, froids devant la mort, devant la maltraitance, devant la simple réalité de la domination autoproclamée de l’Homme alors je ne serai plus vraiment moi même 🙂