Et la culture ?

« Muzungu », la blanche au Rwanda

« Muzungu, Muzungu ! Hey sister ! » Me faire appeler Muzungu ( la blanche en kinyarwanda ) m’insupporte vraiment mais j’imagine que c’est un peu le jeu. On m’observe, on me fixe, on s’arrête pour me regarder, comme si jamais aucun blanc n’avait franchi les routes de Kigali, comme si aucune blanche n’avait jamais été à Kigali. Et pourtant des blancs il y en a au Rwanda, je vous rassure, je ne suis pas la seule.

Kigali ou la frénésie de la modernisation

Kigali est une magnifique vitrine de ce que le Rwanda devient aujourd’hui. Je n’ai jamais été au Rwanda avant mais de ce qu’on a pu me raconter, depuis quelques années le Rwanda se transforme, pour le meilleur et pour le pire. La capitale du pays est donc le lieu idéal pour comprendre ce qui est entrain de se passer au Rwanda. Dès mon 1er jour on m’a vendu la ville comme étant propre et sécurisée. Oui niveau sécurité, il faut vraiment le chercher pour avoir des problèmes, dans presque chaque rue, à chaque entrée de bâtiments importants et même de certains hôtels on fouille votre sac, des gardes armés veillent. Si ça peut être un peu perturbant au début, de se faire fouiller à chaque fois, on prend vite l’habitude et de voir des hommes armés à tous les coins de rue ou presque devient la routine.

Ce qui caractérise Kigali pour moi ce n’est pas le fait que la ville soit propre ou même sécurisée, ce qui la caractérise c’est ces centaines de maisons en construction, ces taxis motos qui vous klaxonnent sans arrêt pour vous proposer de vous emmener quelque part, ces routes parfois bétonnées, parfois pavées, parfois en terre. Parce que Kigali c’est ça, une ville qui grandit, qui se modernise. Les routes sont neuves, les bâtiments aussi pour la plupart. Vous pouvez changer d’ambiance en quelques mètres, en changeant juste de rue.

Kigali est dépaysante mais elle est aussi dérangeante. De voir ces maisons énormes se construire m’a interpellé, quand j’ai posé la question de pourquoi tant de maisons on n’a pas su me répondre et puis je suis tombé sur la bonne personne, une de ces personnes qui a vu le Rwanda grandir depuis 1994, qui l’a vu muté en un espèce de monstre pseudo moderne.

Le Rwanda, ce pays aux 2 visages

Le Rwanda, comme tout le continent africain, a pour moi une identité, une culture propre comme chaque pays d’Europe, d’Amérique ou d’Asie en fait. Une identité marquée par des coutumes ancestrales, des choses qu’on ne verra jamais ailleurs qu’au Rwanda, qu’en Afrique, tout ça taché d’un peu de colonialisme. L’Afrique, le Rwanda a sa part d’histoire sur la planète et pourtant cette histoire là, le Rwanda la ravage.

Depuis quelques années le gouvernement rwandais a mis en place une politique d’éradication de toute sa culture. Un espèce de génocide culturelle qui prend racine quelques années après le génocide identitaire. Dans le pays on a obligé les rwandais à former des villages, tous les villages à se rapprocher des routes dans un soucis de mieux centraliser l’électricité et la distribution de l’eau ( en théorie ), on a aussi obligé les rwandais à détruire tout ce qui ressemblait à une hutte ( bah oui apparemment ça fait trop primitif ) pour préférer à ces habitations ancestrales des maisons en briques et toits de tôles hideuses et tout sauf pratiques. Pour ce qui est des bâtiments coloniaux on les a détruit dans la quasi totalité, pas par haine de ce passé de protectorat belge mais simplement parce que tous ces vieux bâtiments faisaient justement trop anciens.

Pardon mais c’est quoi votre logique les gars ?

En face de ce besoin de totalement supprimer tout souvenir du passé le Rwanda avance de manière précipitée vers une modernisation bancale. Le gouvernement veut attirer des touristes en améliorant ses infrastructures, en repeuplant les parcs et en faisant un lobbying excessif auprès des autres pays du Monde. C’est ça le paradoxe du Rwanda, cette logique inconcevable pour ma petite tête blonde d’européenne.

Dites moi vous qui êtes parti en Afrique, qui voulez partir en Afrique, dans n’importe quel pays, qu’est ce que vous voulez y voir ?

Une culture différente de la vôtre, des paysages différents de ceux que vous voyez tous les jours chez vous, une ambiance différente, un univers dépaysant.

Le Rwanda possède tellement d’atouts, pas seulement d’un point de vue de la conservation mais aussi au point de vue de ce que vous pouvez voir, les paysages sont fantastiques au Rwanda. Mais à part ces collines verdoyantes bouffées par les champs de sa population bien trop nombreuse, au Rwanda vous ne verrez pas de vestiges de ce qu’était le pays avant 1994, avant Kagamé. On ne va pas être frileux, disons les choses comme elles sont, depuis 1994, depuis le génocide et l’accession de Kagamé au pouvoir le Rwanda mute et devient ce pays qui n’a plus que pour vitrine ces derniers Gorilles des montagnes et ces parcs à moitié amputés de leur territoire.

Le Rwanda n’est pas non plus la bête noire de l’Afrique, j’ai un avis assez critique du pays pour la simple raison que j’avais beaucoup d’attentes en arrivant, une vision différente des choses, une utopie très européenne de ce qu’est l’Afrique un peu comme l’Afrique peut en avoir de l’Europe. Le pays offre des paysages fantastiques et même si l’histoire du Rwanda tourne beaucoup autour du génocide, ce génocide c’est l’Histoire. On découvre tout ça au Mémorial dans les hauteurs de Kigali, en plus de pouvoir contempler une vue dégagée de la colline la plus moderne de la ville mais tout ça je vous en parlerai plus une fois mon voyage au Rwanda terminé, dans 11 jours je suis déjà en Ouganda !

Voyageuse amoureuse de la nature, passionnée d'animaux et de conservation ; solo ou à deux ; en Europe, Afrique, Asie, Amérique, je vous emmène dans mes bagages pour vous raconter mes voyages.

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