Raconte moi ta vie – Chroniques d’un retour

10 février - 8h51

Le jour J est arrivée après 163 jours de voyage je rentre en France, je vais retrouver ma mère patrie. J’ai le gorge un peu nouée, je suis excitée en même temps j’ai toute cette tristesse qui me prend au coeur quand je repense à ces 5 mois et demi de voyage, à la fille que j’étais en janvier 2015 quand j’ai décidé sur un coup de tête de tout lâcher pour partir en Afrique quelques mois plus tard.

Est ce que j’ai changé depuis ce mois de janvier ? Depuis ce mois de septembre où je quittais ma tante devant la porte de l’aéroport, la gorge presque aussi nouée qu’aujourd’hui ? J’ai sauté dans le vide ce 1er septembre, je me suis retrouvée dès le premier jour à devoir sortir de ma réserve et à tendre la main à des inconnus qui m’ont aidé à trouver un hôtel à Kigali. Quand j’y pense ça me fait sourire, en 5 mois et demi de voyage je n’ai jamais eu un seul plan B, si les choses ne fonctionnaient pas comme prévues il y aurait toujours une autre solution à trouver sur le moment. Je ne me suis pas rendue compte du temps qui passait, j’ai eu des vraies phases de déprime, de ras le bol mais je suis remontée et aujourd’hui je sais qu’aucun de ces moments je ne les regrette. Je suis déjà nostalgique de cette partie de ma vie qui arrive à son terme. Dans 3h je suis à l’aéroport, je rentre en France.

10 février - 17h30

1er avion derrière moi, on atterrit sur un petit bout de terre perdu dans l’océan indien qui nous a donné l’impression jusqu’à la dernière minute qu’on allait atterrir sur l’eau. Les Seychelles. C’est joli les Seychelles ! Je pose le pied en bas de l’escalier et je sens déjà la chaleur moite de l’île se coller à mes bras. L’océan Indien à gauche, une énorme falaise à ma droite. L’océan Indien et ses embrunts pour la dernière fois jusqu’à la prochaine. Je reviendrais ici, plus que pour un transit, j’en suis déjà certaine. 3h à attendre avant de monter dans l’énorme avion qui traversera l’Océan Indien, l’Afrique, l’Europe, la France pour atterrir à Paris. Ce qui va me manquer le plus ? Les couchers de soleil. Les nuages. Les couleurs pastels. Est ce que j’ai déjà vu ça en Europe ? Je ne sais plus. J’ai toujours adoré les couchers de soleil, je me souviens de ceux de Lyon qui enflammaient le ciel d’un orange éclatant. Ici les couleurs sont douces, rose pâle, bleu clair. Les couchers de soleil sur l’océan Indien me manqueront. C’est furtif, quelques minutes de contemplation pas plus, ça se répète tous les jours et pourtant c’est toujours un moment unique. Les nuages de Mada ont donnés une nouvelle dimension à ces couchers de soleil, je les ai aimé pour l’énergie qu’ils donnaient au paysage, pour la dimension qu’ils ont donnés à chacun des couchers de soleil que j’ai vu. Je ne regarde plus seulement, je vois maintenant. Ces centaines de jours sur le continent africain m’ont appris à voir vraiment, j’ai vu la pauvreté alors qu’avant je ne faisais que la regarder sans la voir, sans chercher à vraiment la voir sûrement. J’ai eu la nausée parfois devant ce que je voyais, je me rends compte que ça m’a pris des mois avant de vraiment voir ce que j’avais en face de moi et aujourd’hui, maintenant, assise sur mon banc dans cette salle de transit aux Seychelles je fais un bilan, je tire les conclusions de ces mois de voyage et je me rends compte de ce qui a changé, je me rends compte que j’ai changé. Je suis à l’aéroport de Mahé et dans 3h je pars pour Paris.

11 février - 6h

La morsure du froid parisien m’atteint au visage, mes doigts refroidissent à la vitesse de la lumière et pourtant je ne bouge pas, sur mon bout de trottoir devant le terminal A de l’aéroport Charles de Gaulle j’inspire profondément cet air froid, cet oxygène français. Le choc thermique ? Un peu, il fait 4 degrés ce matin, j’ai à peine froid, comme si mon corps ne comprenait pas encore qu’on n’est plus dans la moiteur de l’été africain mais bien dans l’hiver français. C’est bizarre, un peu comme quand je repense à notre Noël en Afrique du Sud, ce Noël inexistant, qu’on n’a pas fêté parce que pour nous c’était pas Noël. Mon cerveau ne s’y fait pas, on est en février mais il y a quelques heures il faisait encore chaud et moite sous l’équateur. Paris… J’ai un sourire en pensant que j’ai reposé le pied sur le sol français. Est ce que je suis contente d’être rentrée ? Oui et puis un peu non. C’est bizarre de se dire qu’aujourd’hui je reprends une vie normale, je ne me lèverai plus le matin en me demandant où je vais dormir ce soir, quel bus je dois prendre, quelle ville je vais découvrir. Je pose le pied en terrain connu et je suis contente. Contente de ne plus avoir à supporter le poids des regards sur ma peau blanche et mes cheveux blonds, plus à supporter les sifflets dans la rue, ce sentiment de ne pas pouvoir être vraiment seule à aucun moment. L’Afrique m’a émerveillé et l’Afrique m’a usé. Le voyage ce n’est pas des vacances, c’est un peu là la différence pour moi, en vacances tu es souvent préservé de tout ça ou tu ne le ressens pas autant. J’ai regretté des passages de mon voyage dans les moments les plus difficiles, aujourd’hui je ne regrette rien, même pas ces moments de doute, de remise en question, de ras le bol. Je suis heureuse d’être rentrée à la maison, c’est un peu mes vacances de l’esprit d’être ici mais c’est le retour à une espèce de routine de vie. Je me console en me disant que cette routine me mènera sur d’autres chemins, que grâce à cette routine je traverserai d’autres frontières parce qu’au final je l’ai attrapé ce virus du voyage et je crois que je ne pourrais plus jamais me passer de ce genre d’aventure humaine. Je respire l’air froid parisien, l’hiver français. Il est 6h du matin et je suis en France.

16 février - 16h49

Voilà presque une semaine que je suis de retour et que j’alterne entre sentiments de satisfaction et de doute latent. Retrouver ma famille après plusieurs mois d’absence, avoir ma sœur en face de soi, pas au courant que je suis là pour son anniversaire et qui cache tant bien que mal l’émotion qui lui monte aux yeux. Avoir mon filleul dans mes bras, ce grand garçon qui a eu 3 ans pendant mon absence et qui reste accrocher à moi comme si j’étais partie hier, tout ça me donne le sourire, tout ça m’avait manqué. Ces retrouvailles m’occupent la tête pour les quelques jours qui suivent mon retour en terre française et puis il y a les jours qui suivent où j’essaye de me tenir occupée, où j’écris encore les dernières lignes de mon voyage, où je fouille à nouveau dans mes photos et où la nostalgie me prend. Seule ou à 2 ce voyage a été une expérience fabuleuse, ma première expérience loin de ma zone de confort, la première d’une liste qui s’allonge un peu plus chaque jour. Je suis nostalgique de ce moment au Rwanda où je suis montée pour la première fois sur un taxi moto, le casque vissé sur la tête, le sourire aux lèvres. Je suis nostalgique de ce moment où j’ai traversé ma 1ère frontière entre le Rwanda et l’Ouganda même si j’ai dû supporter des heures de klaxons pour y arriver, grignotant mes quelques gâteaux et tendant ma petite boîte à mon voisin parfaitement inconnu. Je suis nostalgique de cette facilité de tout, de mouvements, de décisions, de paroles. Mon cerveau se repose ici, mes nerfs aussi parce qu’au final tout n’a pas été aussi facile mais je me rends compte qu’on détourne vite les mauvais moments pour les rendre plus simples, on oublie vite les galères, les frayeurs, les doutes ou même le mal du pays. La France m’a manqué, même énormément, et aujourd’hui, même pas une semaine après être rentré le voyage me manque. Je suis en France et je repars dans quelques mois.

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6 Commentaires

      • A bientôt pour d’autres chapitres au bout du monde 😉 merci de nous avoir fait partager cette aventure en terres africaines.

        • Merci de les avoir suivi 😀

  1. J’ai adoré te lire 🙂 Merci de partager ton aventure avec nous.

    • Merci beaucoup ! Ca me touche toujours d’avoir ce genre de commentaire 😀


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