Réflexions

Il y a un an, je rentrais d’Afrique – Retour sur un retour

Je suis rentrée il y a un an. La réflexion m’a frappée hier soir, 21h, je rentrais de la fac. Il y a un an je sortais de l’aéroport CDG, le téléphone à l’oreille pour prévenir mon père, ma tante « je suis arrivée, il fait froid dehors ». Il faisait vraiment froid en février 2016 et pourtant j’étais sur le trottoir, mon sac sur le dos, à inspirer profondément l’air glacé de Paris. Je suis en France, après 6 mois d’escapades passionnées et passionnantes à travers 7 pays et je me sens bien. Je n’ai pas vécu le retour comme un déchirement à ce moment-là, j’avais envie de rentrer, j’en avais besoin. J’avais même écourté mon voyage pour rentrer plus vite, ça urgait, c’était nécessaire, vraiment.

On parle assez peu de cette nécessité de rentrer quand on voyage. On s’imagine souvent que c’est en décalage avec ce que les autres s’attendent qu’on ressente. On se met des barrières, on s’oblige à tenir nos objectifs comme si on le devait à quelqu’un alors que non, le seul décideur dans l’histoire c’est nous et ceux qui n’ont jamais voyagé aussi loin et aussi longtemps sont les seuls à pouvoir dire qu’ils n’ont jamais ressenti ce besoin intrinsèque de revoir son pays, sa famille, ses amis.

Il y a donc un an je reposais le pied en France, heureuse de pouvoir surprendre une partie de ma famille, de revoir mes sœurs, mon filleul, mes amis. Et puis j’ai eu le fameux jetlag émotionnel. Celui que tu ressens quand tu rentres de voyage et que d’un seul coup tout ton rythme de vie est modifié. Tu te réveilles le matin et tu n’as rien à faire, tu ne bouges pas, tu restes là. Pas de bus à trouver, pas de nouvelle personne à rencontrer, pas de beaux paysages à découvrir. C’est toi et ta chambre, toi et la maison, toi et le jardin, toi et la France. Et puis c’est l’angoisse qui monte. Le « et après ? » qui s’installe, le « et maintenant ? ». C’est la période de perdition mentale, de doute, de rejet de cette vie antérieure au voyage, celle que tu ne te vois plus vivre parce que justement tu n’es plus la même personne que celle qui a quitté la France le 1er septembre 2015.

Je regarde l’heure dans le coin inférieur droit de mon écran et je vois cette date qui me frappe. 2017. Je m’angoisse encore aujourd’hui et je me demande où est passée cette fille de 2015, avec son sac à dos bourré à en crever, ses vans aux pieds, son billet d’avion Paris-Istanbul-Kigali. Elle est loin cette fille-là. Elle est devenue cette femme-là, celle de 2017, les yeux cernés et le sac plein de littérature française.

J’ai changé de vie, j’ai appris la patience pendant 6 mois en Afrique, j’ai appris que les choses se bâtissent lentement et pas dans un souffle. 1 an après mon retour je m’accroche à ce souvenir du plus long voyage de ma vie en sachant qu’il y en aura d’autres des beaux et longs voyages mais qu’avant ça il faut s’astreindre à retourner dans le « système ». Ce mot que personne ne comprend et dont on a tous une définition différente.

Ma vie un an après le retour est pleine de bonne fatigue, la fatigue de l’esprit, celle-là m’avait manqué quand même et c’est pour ça que j’ai repris mes études. J’ai eu une scolarité chaotique et c’est juste à mes 25 ans et 11 mois que j’ai décidé que tout ça c’était fini, je veux un diplôme, je veux vivre de quelque chose qui me passionne, je veux pouvoir toujours vous donner les petits trucs pour consommer différemment, espérer avec vous qu’on ne sera pas la dernière génération à voir des éléphants ou des primates en liberté, continuer à croire qu’on n’est pas juste des grains de riz dans un océan de rien à foutre et que notre parole et nos convictions comptent.

Un an après le retour je suis nostalgique, de ce départ et de ce retour, des sentiments inédits que ça a inspiré dans mon petit cœur, j’ai envie de repartir, surtout à suivre toutes celles et tous ceux qui m’accompagnent dans cette passion de découvrir le monde, vous me faites pâlir de jalousie ! Mais bientôt moi aussi je repartirai sur la route, je vivrai au jour le jour comme on peut seulement le faire dans ces longs et beaux voyages. Un an après j’ai toujours aussi hâte de repartir, j’ai toujours aussi faim de découvrir.

Voyageuse amoureuse de la nature, passionnée d'animaux et de conservation ; solo ou à deux ; en Europe, Afrique, Asie, Amérique, je vous emmène dans mes bagages pour vous raconter mes voyages.

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Commentaires (14)

  1. tellement spécial les retours
    pas de voyage au long cours pour moi
    mais je me souvenais l état dans lequel j étais à mon retour du Brésil
    voyage de 2 semaines mais si intenses si magnifiques
    merveilleuses
    retrouver son quotidien, des pbs parfois
    être en décalage complet avec le pessimisme ambiant en France c est pas évident

  2. Tu écris tellement bien, j’adore ton article, on a comme l’impression de ressentir un peu de ces émotions que tu décris. C’est quand même fabuleux ce que le voyage peut nous faire ressentir de bon ou de mauvais, quelle merveille d’être submergée par tout ça je ne m’en lasserai jamais je pense…

    1. Oh merci beaucoup ! C’est adorable 🙂 Je ne m’en lasse pas non plus, de l’excitation du départ et de ce jetlag émotionnel du retour, même si ça pique un peu et que c’est un coup de déprime c’est surtout la preuve qu’on vécu quelque chose de magique ! Ca fait partie du process du voyage 🙂

  3. J’aime beaucoup cet article, et tes mots. J’ose à peine comprendre ce que tu as pu ressentir, ce que tu ressens.
    Que la suite te réserves de nouvelles belles, et longues, aventures Adeline !

  4. J’ai beau ne pas être partie aussi longtemps que toi mais après presque 2 mois de voyage à l’été 2016 j’ai su que je ne pouvais pas m’en passer, j’ai ressenti la même chose. C’est pourquoi je me suis investie plus dans mon blog et l’univers des blogs voyages, on rêve et cela donne des objectifs je trouve 🙂
    Ensuite, ce voyage a changé ta vie, c’est assez clair, sans ça tu ne serais probablement pas aussi sensibilisée à ces problématiques de développement durable. Hier encore je prenais des jeunes de moins de 20 ans en covoiturage et quand je leur disais que c’était important, j’ai eu l’air d’être un ovni, ça m’a choqué ! Donc bravo bravo, j’espère que tu t’épanouira dans ce nouveau projet !)
    Becs

    1. Merci ! J’ai eu l’occasion d’en parler avec plein plein de covoitureurs aussi, j’en ai même eu un qui se vantait d’avoir nager avec des bébés tigres en Afrique du Sud, je me suis étouffée ahaha. C’est un bon moyen de faire de la sensibilisation le covoiturage 🙂 Je suis totalement d’accord avec toi quand tu dis que ça donne des objectifs ! Ça forme vraiment une façon de réfléchir, de penser, de voir l’avenir. C’est indispensable aujourd’hui de s’ouvrir un peu plus vers l’extérieur, ça te permet vraiment de comprendre tous les problèmes qu’il y a sur notre planète 🙂

  5. Bonjour Adeline,
    C est en visitant le blog dAstrid, Histoires de tongs que je decouvre le tien. Merci de partager ta noistalgie du voyage, ton choix d apprendre, ta curiosite insatiable. J ai 63 ans et je suis a la retraite. J ai decide de reprendre ma vie la ou je l avais abandonnee il y a 40 ans. J ai ecoute la voie de la raison et j ai fait une « carriere » de bon petit soldat pour plaire a mes parents. J ai oublie mes reves. J ai trouve que.ca suffisait ! Je me promene dans le monde. J apprends que le temps n a pas d importance. Il n est ni a perdre ou a gagner, il est a vivre. J alimente un blog destine a mes famille et amis : avecmeslunettesvertes.
    Peut etre au.plaisir de ta reponse.
    Michele

    1. Merci pour ton commentaire Michele, qui est très très inspirant et qui m’a fait sourire en ce matin un peu gris haut savoyard ! Tu me rappelles que le temps n’a pas d’emprise sur les rêves 🙂 J’irais visiter ton blog avec plaisir ! A bientôt !

  6. Un bel article tellement bien écrit. C’est sur qu’on parle très peu de cette envie de revenir en France quand on est à l’étranger depuis (trop ?) longtemps. Comme tu dis, parfois ça devient une nécessité, comme si on avait un besoin vital de reprendre un bol d’air. Et paradoxalement, une fois qu’on est en France, au lieu de se sentir combler, on se sent un peu vide et perdu…

    1. Vide c’est le terme ! Tu dois connaître toi, la grande expatriée 🙂 C’est nécessaire de revenir pour ne plus réfléchir trop en fait, je trouve à la France, quand tu rentres de voyage, un pouvoir presque xanaxique, ça détend, tu penses plus à rien. Bon ça dure pas, la réalité nous rattrape vite quand même et puis l’envie de repartir aussi 🙂 Mais je me souviendrai toujours de ce sentiment de bien être sur mon petit bout de trottoir à l’aéroport. Le bonheur d’être en France ! Et puis l’impression que je suis partie hier aussi, avec ma tante qui vient me chercher là où elle m’avait laissé 6 mois plutôt. C’est juste unique comme sentiment !